Appel du Comité Universitaire français pour la Colombie

Nestor Miguel Gorojovsky Gorojovsky at SPAMarnet.com.ar
Wed Nov 29 19:11:50 MST 2000



----- Original Message -----
From: Marie-Christine LACOSTE
To: Suppression de la liste des destinataires
Sent: Wednesday, November 29, 2000 11:30 AM
Subject: [MAILAMERICA] Appel du Comité Universitaire français pour la Colombie


Contact : Jean-Michel Blanquer, IHEAL/CREDAL
e.mail: jmblanquer at univ-paris3.fr
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Appel pour la Colombie
lancé par les participants à la rencontre internationale
 organisée par le Comité Universitaire français pour la Colombie


Réunis à Paris les 27 et 28 novembre 2000 à l'invitation du Comité
Universitaire
français pour la Colombie, des universitaires de plusieurs pays ont approuvé le
texte qui suit.

1. Une situation intolérable.

Depuis vingt ans,  la Colombie vit un drame qui ne cesse de s'aggraver.  Une
grande partie de sa population est martyrisée par un conflit auquel elle est
étrangère.  C'est une société qui est en train d'être assassinée par des
acteurs
armés de profils différents mais qui ont en commun leur mépris envers le
sentiment des gens.

Les acteurs armés violent également les droits humains élémentaires, chacun
avec
sa spécialité. Les paramilitaires recourent systématiquement aux massacres
collectifs, les guérillas aux enlèvements, aux assassinats sélectifs, au
recrutement forcé. Les uns et les autres usent pareillement de la terreur.
Quant
aux militaires,  ils ferment  souvent les yeux sur les agissements des
paramilitaires quand ils ne les parrainent pas.

La confrontation ne fait que prendre de l'ampleur et provoque l'affaiblissement
des institutions. Les forces armées ont subi à plusieurs reprises des revers
considérables et s'avèrent incapables de protéger maintes zones.  Les groupes
paramilitaires ne cessent d'étendre leur action à de nouvelles régions sous le
prétexte de contenir l'expansion des guérillas. Ces dernières continuent
pourtant à accroître leur emprise territoriale.


Il ne s'agit pas d'une guerre civile, au sens classique du terme. La
confrontation ne correspond à aucun clivage culturel, politique ou social dans
la population. Les multiples protestations massives contre la poursuite de la
"violence" et la revendication de "neutralité"  fréquemment présentée par les
habitants pris entre deux feux  démontrent l'intensité du désir de paix. Mais
les guérillas disposent de ressources, assurées par l'économie de la drogue,
les
exactions diverses et les enlèvements qui les dispensent de chercher le soutien
des habitants qu'ils encadrent et les entraînent toujours plus vers une
stratégie purement militaire.  Quant aux forces paramilitaires,  financées
également par la drogue mais aussi par certains secteurs économiques, elles
visent à reconquérir les zones de guérilla en les vidant de leurs habitants.

Il s'agit en fait d'une guerre contre la société. Celle-ci  est  dans son
ensemble prise en otage. Le nombre des déplacés qui, pour des raisons
évidentes,
est difficile à établir mais que certaines organisations estiment à deux
millions de personnes depuis quinze ans, atteste de l'horreur de la situation.
Au cours des derniers mois, la terreur a atteint même les espaces restés jusque
là relativement préservés: universités, organisations humanitaires nationales
et
internationales... Les protagonistes armés frappent ainsi ceux qui militent en
faveur d'une issue négociée et cherchent  à provoquer une polarisation
générale.

La Colombie n'a jamais réussi à se doter d'un Etat qui serait reconnu par
l'ensemble de la Nation ni à rompre avec les profondes inégalités sociales.
Mais
le régime  n'a cependant rien d'une dictature et dans le pays existent de
profondes aspirations démocratiques. La Constitution de 1991 a voulu rénover
les
institutions et a créé de nombreux droits nouveaux. La corruption fortement
accentuée par la drogue a pourtant fragilisé tout l'édifice et la récession
économique sans précédent qui touche la Colombie depuis deux ans bloquent les
réformes sociales nécessaires et alimentent encore le scepticisme envers
l'avenir. Le risque est grand que l'Etat, confronté à des problèmes qui
débordent ses possibilités, ne perde complètement le contrôle de la situation.


Un début d'internationalisation est en train de se produire. Le gouvernement
des
Etats-Unis, qui n'a longtemps perçu la situation qu'à travers le prisme de la
drogue, s'inquiète à présent des risques de débordement vers les pays voisins
et
a décidé avec le Plan Colombie de renforcer son aide militaire.

Pour que l'internationalisation ne se réduise pas à un face-à-face entre la
Colombie et les Etats-Unis qui pourrait conduire à une escalade du conflit, il
est fondamental que les pays européens fassent davantage sentir leur influence.


Mais il faut aussi que l'opinion mondiale se fasse entendre et, par-delà la
compassion, exerce une pression sur tous les acteurs pour qu'ils cessent leurs
crimes et prennent conscience que la prolongation de la guerre ne fera que des
perdants.  Elle doit aussi rappeler que la pacification impliquera de profondes
transformations sociales et politiques mais que la conclusion d'un accord est
nécessaire à la mise en oeuvre de telles transformations.


2. Les défis actuels.

A. Reconstruire des perspectives politiques.

Un des aspects les plus préoccupants de la crise colombienne est l'absence de
perspectives politiques. Elle contribue au  désarroi de l'opinion comme au
blocage du processus de négociation. Sans une affirmation claire des objectifs
et des moyens  politiques à court et moyen terme qui inspirent l'action du
gouvernement, le processus de désinstitutionnalisation ne peut que s'accentuer.

La "violence" est d'abord une question politique. Le terme lui-même prête à
confusion.  Il englobe toutes sortes de phénomènes, depuis la conflictualité
sociale diffuse et la décomposition des rapports sociaux jusqu'à la criminalité
ordinaire et à la guerre. Même si, dans la phase actuelle, ces phénomènes
interfèrent  entre eux, il convient de souligner qu'ils  correspondent à des
facteurs différents.  La violence urbaine, la délinquance juvénile, la violence
intra-familiale ont les mêmes origines que dans les autres sociétés. Si tous
ces
problèmes sociaux prennent en Colombie une dimension particulière, c'est parce
qu'ils sont contaminés par le conflit armé. Il n'est donc pas possible de
chercher à apporter des solutions durables à ces multiples formes de violence
en
l'absence de perspectives politiques claires.

Le gouvernement n'est pas parvenu à rendre vraiment perceptible la logique de
la
négociation. Il a fait au départ d'amples concessions aux FARC-EP sans exiger
de
garanties correspondantes.  Avec l'ELN, ses flottements ont encore été plus
marqués. A aucun moment il n'a semblé disposer d'une stratégie d'ensemble face
à
ces deux organisations ni n'a réussi à convaincre de sa volonté d'entreprendre
de profondes réformes.

La récession économique a impliqué l'abandon d'une grande partie des
investissements sociaux et a désorganisé davantage la population, plus que
jamais à la merci des divers acteurs armés. Le gouvernement n'a pas réussi non
plus à enrayer la corruption.

La responsabilité politique de ces échecs est, il est vrai, partagée. Ni les
divers courants politiques officiels, ni les dirigeants économiques n'ont
prouvé
qu'ils étaient capables de conjuguer leurs efforts pour chercher une issue
politique.

L'autorité de l'Etat s'est encore affaiblie.  La crise des partis politiques,
le discrédit du Congrès, la faillite de nombreuses administrations régionales
et
municipales, le maintien du taux extrême d'impunité, le retrait de l'Etat de
nombreuses zones, l'amplitude de la corruption, les remous au sein des forces
armées, les abus qu'elles commettent, en sont autant d'expressions.  Nombreuses
sont les régions sur lesquelles l'Etat n'exerce plus guère d'influence.

Pour autant, le régime ne s'est pas effondré. Il dispose toujours d'une
légitimité démocratique et il n'y pas lieu de mettre en doute la volonté
exprimée par les électeurs en chaque occasion. La Cour Constitutionnelle, la
Fiscalia et d'autres institutions s'efforcent de consolider l'Etat de droit,
selon des modalités parfois discutables mais avec une audace certaine. Mais les
rapports sociaux et la vie quotidienne ne s'en déroulent pas moins fréquemment
dans un horizon de non-droit.

Les guérillas ne peuvent se targuer d'une légitimité comparable. Leur puissance
militaire ne peut occulter la faiblesse de leur soutien politique. En menaçant
les autorités locales élues, elles parviennent sans doute à s'assurer leur
soumission. Mais leur impopularité au plan national est patente du fait de
leurs
méthodes, en particulier la pratique des enlèvements et le recrutement forcé
d'adolescents, qui provoquent un rejet général.  Même dans les régions où elles
sont solidement implantées, elles usent de la contrainte plus que de la
conviction pour s'assurer l'obéissance de la population. Dans le moment
présent,
elles ne semblent plus se préoccuper du sentiment de la population mais
d'accroître encore leur capacité militaire et d'augmenter leurs effectifs comme
si seul comptait le rapport de force militaire.

Les paramilitaires ne peuvent espérer aucune reconnaissance politique car ils
ont ouvertement érigé le massacre et la terreur contre les civils en moyen de
guerre. Le fait qu'ils ne constituent plus de simples forces supplétives de
l'armée malgré la connivence de certaines unités de celle-ci et qu'ils
bénéficient de l'appui de certains secteurs de la population exaspérés par les
exactions des guérillas, n'infirme pas ce constat.

Renforcer  l'autorité  et la légitimité de l'Etat,   moderniser son
fonctionnement constituent deux préalables pour mettre en oeuvre une politique
de paix.

Le gouvernement doit dès à présent afficher sa volonté d'entreprendre de vastes
changements sociaux et politiques.  Mais il convient de souligner que la
priorité est d'arriver à un accord avec les guérillas=


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